Le trotteur Meaulnes du Corta, portant le numéro 15, mené par son driver Franck Nivard qui lève le bras en signe de victoire sur la cendrée de l'hippodrome de Vincennes.

Meaulnes du Corta, l’envol du géant d’ébène

Il avait la stature d’un seigneur et la foulée des vents. Ce mercredi 3 juin 2026, dans le calme de son box de l’Allier où il coulait une retraite royale, le cœur de Meaulnes du Corta s’est arrêté. À l’âge de 26 ans, le légendaire lauréat du Prix d’Amérique 2009 a tiré sa révérence, laissant le monde du trot orphelin d’un de ses plus fiers et plus résilients guerriers. Retour sur le destin d’un cheval d’exception qui a su dompter la gloire, la douleur et le temps.

La naissance d’un prince dans le berceau de la Mayenne

Pour comprendre la trajectoire de ce colosse, il faut remonter à l’an 2000, au cœur du prestigieux Élevage du Corta, fondé par Jean-Pierre Morand en Mayenne. C’est là que naît un poulain à la robe sombre, presque noire, taillé pour les grands espaces. Son papier est une œuvre d’art génétique, un condensé de ce que l’élevage du Trotteur Français a produit de plus noble.

Fils du chef de race Cherbourbour, Meaulnes du Corta hérite de son père une puissance de propulsion phénoménale. Mais c’est du côté maternel que l’histoire s’écrit en lettres d’or : sa mère, Cuissard d’Anjou, apporte le sang précieux et la tenue légendaire des vieilles souches normandes. Dès ses premiers pas, le poulain impressionne par son modèle imposant. Il est grand, long, doté d’une encolure altière. Il n’arpente pas les prés, il les domine.

L’âge d’or sous la férule de Pierre Levesque

Très vite, le diamant brut est confié aux mains expertes du Manchois Pierre Levesque. Entre l’entraîneur normand et le géant d’ébène, la connexion dépasse le simple cadre technique. Levesque comprend immédiatement qu’il a sous sa responsabilité un cheval hors du commun, mais dont le physique hors norme demande du temps, de la patience et une infinie délicatesse.

Sous la casaque de Jean-Pierre Barjon, Meaulnes du Corta commence à marteler les pistes de Vincennes. Sa marque de fabrique ? Une tactique de course usante pour ses adversaires : la course en avant. Capable d’imprimer un train d’enfer dès le départ, il écoeure ses rivaux au train, déployant dans la ligne d’en face des battues d’une amplitude irréelle. Les victoires de prestige s’enchaînent, et le cheval inscrit à son palmarès pas moins de huit Groupes I, le sommet de la hiérarchie classique.

Les années d’ombre : Face aux doutes et à la douleur

Pourtant, la symphonie n’a pas été sans fausses notes. Être un colosse d’1m70 au garrot capable de trotter à plus de 50 km/h impose des tensions athlétiques terrestres colossales. Meaulnes du Corta n’a pas été épargné par les soucis de santé. Fragile des membres, sujet à des problèmes de jambes récurrents, le champion a connu de longs mois d’ombre, loin des projecteurs.

Pendant ces périodes de doute, alors que certains critiques pressés le disaient fini pour le sport de haut niveau, son entourage a fait bloc. Pierre Levesque, avec la patience des grands hommes de cheval, l’a soigné, attendu, écouté. Ces moments de solitude, passés à marcher au pas dans les allées normandes pour reconstruire des fibres tendineuses fatiguées, ont forgé le mental d’un cheval qui refusait d’abdiquer. Meaulnes du Corta n’était pas seulement un trotteur de vitesse ; il était un monument de courage.

2009 : L’année de l’absolu et le triplé de légende

La consécration absolue, celle qui fait passer un excellent cheval au statut de mythe, intervient au cours d’un hiver magique, en 2009. À l’âge de 9 ans, au sommet de sa maturité intellectuelle et physique, Meaulnes du Corta se présente au départ du Prix d’Amérique. Pour l’occasion, il est associé au « Catch Driver » Franck Nivard.

Ce dimanche de fin janvier, la cendrée de Vincennes est en transe. Fidèle à sa légende, le cheval s’empare des commandes de la course. Franck Nivard le laisse glisser. Dans la montée, le géant noir décourage les attaques. À l’entrée de la ligne droite, il déploie son action destructrice, s’envolant vers un triomphe impérial, soulevant les clameurs de 40 000 spectateurs. Il est le roi du monde.

Quelques semaines plus tard, il enfonce le clou en s’adjugeant le Prix de France, avant de s’envoler pour la Côte d’Azur et de remporter le Grand Critérium de Vitesse de Cagnes-sur-Mer. Ce triplé historique, réalisé la même année, l’assoit définitivement à la table des plus grands monstres sacrés de l’histoire du trot mondial, aux côtés d’Ourasi ou d’Idéal du Gazeau, totalisant plus de 2,7 millions d’euros de gains.

Le soir d’un roi dans les terres de l’Allier

Après avoir salué son public, Meaulnes du Corta entame sa troisième vie. Devenu un étalon recherché, il transmet sa distinction et son mental à une descendance qui brille encore aujourd’hui sur les hippodromes. Puis est venu le temps du repos total.

C’est dans le département de l’Allier que le vieux roi a choisi de passer le soir de sa vie. Dans ses prairies vertes, loin de la rumeur des hippodromes et du claquement des sabots sur le bitume, il avait troqué ses fers de course pour une liberté totale. Ses yeux, restés vifs malgré le poids des ans, fixaient l’horizon avec l’assurance de ceux qui n’ont plus rien à prouver.

Ce mercredi 3 juin 2026, Meaulnes s’est endormi pour toujours dans la douceur de son box. Il s’en va à 26 ans, un âge vénérable pour un athlète de sa trempe. La cendrée de Vincennes gardera à jamais le souvenir de l’écho de ses sabots, et le magazine Cheval Addict s’incline aujourd’hui devant la mémoire de ce géant noir qui nous aura fait tant vibrer. Adieu, Champion.

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