Saumur : Les Seigneurs de Verrie
Absolut Gold HDC et Nicolas Touzaint (Photo©FFE)
Le rideau est tombé sur l’hippodrome de Verrie, refermant le premier chapitre du Grand National FFE – AC Print 2026. Sous un soleil d’Anjou déjà printanier, cette étape d’ouverture a tenu toutes ses promesses, mêlant la rigueur de la tradition équestre aux sauts technologiques les plus pointus. Si les cavaliers sont les chefs d’orchestre, ce sont bien les chevaux qui ont volé la vedette ce week-end, prouvant que l’excellence française n’est pas un vain mot lorsqu’il s’agit de croiser le fer sur un terrain de complet.
Tout s’est joué, comme souvent à Saumur, dès le premier test. Dans le rectangle de dressage, Absolut Gold HDC a livré une véritable masterclass de sérénité. Ce fils du légendaire Birkhof’s Grafenstolz, né dans l’Oise chez Philippe Patenotte, a affiché une rectitude et une décontraction qui témoignent d’un hiver studieux. Sous la selle de son fidèle cavalier de toujours, Nicolas Touzaint, le hongre noir a fait preuve d’une locomotion aérienne, transformant chaque figure imposée en un moment de grâce. Cette précision millimétrée a permis au couple de sortir du dressage avec un score fleuve, s’offrant un matelas de sécurité indispensable avant d’affronter les obstacles massifs de Verrie. Pour Absolut Gold HDC, ce test n’était pas qu’une formalité, mais la preuve qu’une préparation hivernale axée sur la souplesse reste le socle de la performance.
La concurrence n’a pourtant pas tremblé, portée par des chevaux d’une générosité rare. À la deuxième place, on retrouve la phénoménale Birmane, fille de Vargas de Ste Hermelle, née au sein de la SCEA de Béliard. Fidèle à son surnom de “guerrière”, la jument de Thomas Carlile a une nouvelle fois fait étalage de son influx nerveux et de sa lecture exceptionnelle du terrain. Capable de reprendre du temps sur chaque foulée, elle a survolé les difficultés du cross avec une aisance déconcertante. Le podium est complété par l’inoxydable Triton Fontaine, fils de Gentleman IV, né chez Sophie Pelissier-Coutureau. Associé à Karim Laghouag, ce pilier de l’équipe de France a confirmé sa forme étincelante, montrant que malgré les années, son envie de sauter et sa franchise restent intactes. Ce trio de tête met en lumière la densité de talent de notre filière, capable d’aligner des chevaux nés et élevés sur notre sol au plus haut niveau.

Birmane et Thomas Carlile
Le parcours de cross, dessiné avec finesse autour de l’hippodrome, a servi de laboratoire grandeur nature pour le staff fédéral. Sur un terrain rendu profond par les dernières pluies, la “French Touch” a une nouvelle fois fait la différence, notamment sur les combinaisons d’eau. Qu’il s’agisse d’entrées massives ou de sorties directionnelles complexes, les produits de l’élevage français ont montré une franchise et une générosité exemplaires. Mais la grande révolution de cette édition 2026 réside dans la gestion chirurgicale de l’effort. Grâce à l’utilisation généralisée de nouveaux capteurs GPS ultra-précis, les cavaliers ont pu ajuster leur rythme en temps réel. Ces outils technologiques permettent de préserver l’intégrité physique des montures en optimisant chaque galopade, transformant la force brute en une science de la précision foncière.
Portraits Génétiques : Les Héros de l’Anjou
Absolut Gold HDC : L’alchimie du sang et de l’équilibre Le grand vainqueur de Saumur est le fruit d’un croisement moderne parfaitement exécuté par son naisseur, Philippe Patenotte. Si son père, l’illustre Trakehner Birkhof’s Grafenstolz, lui a légué son mental de guerrier et sa locomotion hors norme, sa souche maternelle est une ode à la vitesse. Sa mère, Belle Meralaise, est une pure Pur-sang par Verglas, grand nom du turf. Ce sang de coursiers (environ 72%) est la clé de la performance d’Absolut Gold : il lui confère une capacité de récupération cardiaque et une endurance qui font de lui l’un des meilleurs chevaux de cross au monde, tout en conservant le cadre et l’équilibre nécessaires au dressage.
Birmane : La puissance d’une lignée royale Née chez Gérard Brescon à la SCEA de Béliard, Birmane possède l’un des pedigrees les plus prestigieux du stud-book Selle Français. Son père, l’étalon belge Vargas de Sainte Hermelle, lui apporte force et respect, mais c’est sa lignée maternelle qui force l’admiration. Sa mère, Royce de Kreisker (par le chef de race Diamant de Semilly), appartient à la célèbre famille d’Ifrane, l’une des souches les plus performantes de l’histoire. Cette génétique d’exception explique le style de saut tonique de la jument et ce caractère bien trempé qui lui permet de relever tous les défis tactiques imposés par le chef de piste.
Triton Fontaine : Le gardien du temple “Originel” Troisième de cette étape, Triton Fontaine porte haut le label Selle Français Originel (SFO). Né chez Sophie Pelissier-Coutureau, il incarne la solidité et la pérennité de l’élevage normand. Fils de Gentleman IV (et donc petit-fils du légendaire Pur-sang Laudanum), il a hérité d’un chic indéniable et d’une intelligence de la barre remarquable. Sa mère, Grenouil Fontaine par Nightko, lui a transmis une rusticité et une sérénité qui font de lui un cheval “construit pour durer”. Avec 58% de sang, Triton est l’exemple parfait du cheval de complet équilibré, capable de répéter les efforts de haut niveau saison après saison sans faiblir.

Triton et Karim Laghouag – Photo©FFE