Michael Scofield : Le nouveau prince du désert
Le sable de Riyad possède cette magie particulière : il révèle les guerriers là où d’autres ne voient que des numéros sur un programme. Sous les projecteurs du King Abdulaziz Racecourse, la Tuwaiq Cup (Listed), dotée d’un million de dollars, a tenu toutes ses promesses en offrant un final d’une intensité rare. Au cœur de cette lutte de titans, un nom a résonné plus fort que les autres : Michael Scofield. Ce hongre de 4 ans, propriété de la famille royale (King Abdullah Bin Abdulaziz & Sons), a non seulement remporté une victoire de prestige, mais il a surtout marqué les esprits par une abnégation hors du commun pour sa première saison saoudienne.
Pourtant, rien n’était écrit d’avance. Le voyage de ce fils de Tiz The Law est celui d’un globe-trotter de talent. Formé à la rude école britannique, passé par les terres verdoyantes d’Irlande l’an dernier, Michael Scofield a dû s’adapter au climat aride et au dirt exigeant de l’Arabie Saoudite. Ce changement d’hémisphère et de surface est un défi que peu de pur-sang relèvent avec autant de brio. Sous la houlette de l’entraîneur Saad Aljenade, le cheval a su monter en puissance pour atteindre son pic de forme au moment exact où les enjeux devenaient vertigineux.
Dès le lâcher des stalles de départ, le ton était donné. Sur la distance classique de 1 800 mètres, le rythme a été sélectif, impulsé par un Bernard Shaw (USA) des grands jours qui a longtemps fait figure de lauréat. À l’entrée de la ligne droite, alors que la fatigue commençait à peser dans les jambes, le leader semblait avoir fait le plus dur. C’était sans compter sur la science de la course d’Oisin Murphy. Le jockey britannique, maintes fois sacré champion chez lui, a su garder son sang-froid dans le tumulte d’un peloton de vingt partants.
Une ligne droite de légende
La victoire s’est dessinée dans un instant de pure stratégie. Voyant l’ouverture devant lui se refermer, Murphy a pris la décision de décaler son partenaire tout à l’extérieur. C’est là que le tempérament de Michael Scofield a fait la différence. Dans un effort prolongé, “grignotant” mètre après mètre, il est allé chercher ses rivaux avec une hargne de compétiteur. Le passage de témoin entre le courage du cheval et le talent du pilote a été total. Sur la ligne, il devance Final Destination (GB) de trois-quarts de longueur, laissant Waqtuk (USA) compléter le podium. Un chrono de 1:52.668 qui vient valider une performance de haut vol.
Les réactions d’après-course témoignent de la difficulté de l’exercice. Oisin Murphy, bien que d’un calme olympien, n’a pas caché son admiration pour son partenaire : « Il a fallu s’employer, car le leader était loin, mais j’étais sur le bon cheval. Il a tout donné jusqu’au bout. » Une satisfaction partagée par l’entourage du vainqueur, mais qui laisse des regrets chez les battus. Ricardo Ferreira, en selle sur le deuxième, pointe du doigt un tirage au sort des places à la corde défavorable (le numéro 19), tandis qu’Alexis Moreno, troisième avec Waqtuk, estime que la distance était sans doute la limite haute pour son protégé.
Cette victoire est plus qu’un simple résultat technique. Elle illustre la montée en puissance de l’Arabie Saoudite sur l’échiquier mondial du galop. Michael Scofield n’est plus seulement un espoir venu d’Europe ; il est désormais un sérieux prétendant aux plus grandes épreuves internationales à venir. Ce succès dans la Tuwaiq Cup n’est probablement qu’une étape dans une carrière qui s’annonce lumineuse sous le soleil de Riyad. Un cheval à suivre de très près, car son “cœur” semble aussi grand que son talent.
Michael Scofield (USA) et Oisin Murphy remportent la Tuwaiq Cup (Listed, 1 million USD), présentée par SHG. Crédit Photo©JCSA.