Becky Moody et Jagerbomb
Le Sacre de Fontainebleau ou l’Apothéose d’un “Self-Made” Duo
Le Grand Parquet de Fontainebleau a vibré ce dimanche comme rarement pour du dressage. Sous un soleil printanier, le CDIO 5 a rendu un verdict qui fera date : le triomphe absolu de la Britannique Becky Moody et de son hongre alezan, Jagerbomb. Avec une note stratosphérique de 84,380 % dans la Reprise Libre en Musique (Kür). Le couple a non seulement dominé la concurrence, mais a surtout prouvé que l’élevage “maison” et la patience pouvaient mener au sommet de l’Olympe équestre.*
Un score pour l’histoire
Lorsque les dernières notes de la musique de Becky Moody se sont éteintes dans l’arène bellifontaine, le silence a laissé place à une ovation debout. 84,380 %. Ce n’est pas seulement une victoire ; c’est une déclaration. Déjà vainqueurs du Grand Prix quelques jours plus tôt, Becky et Jagerbomb ont survolé la Kür avec une aisance déconcertante. La puissance dégagée par le fils de Dante Weltino, alliée à une fluidité presque aérienne dans les transitions, a convaincu les juges les plus sévères. Ce score place désormais le duo parmi les prétendants sérieux aux médailles pour les prochaines échéances mondiales, notamment à Aix-la-Chapelle.
La naissance d’un “Bombe” : Les origines et le naisseur
L’histoire de Jagerbomb est celle dont rêvent tous les éleveurs. Contrairement à de nombreux cracks de Grand Prix achetés à prix d’or dans des ventes prestigieuses, “Bomber” (son nom d’écurie) est né chez sa cavalière, dans le Yorkshire, en 2014.
Becky Moody n’est pas seulement une cavalière de talent, c’est une femme de cheval complète. Elle a elle-même choisi le croisement qui allait donner naissance à sa star. Jagerbomb est un fils du célèbre étalon Dante Weltino, un performeur de haut niveau qui transmet force et élégance. Mais le secret de Jagerbomb réside peut-être dans sa lignée maternelle. Sa mère, Chaka (par Wolkentanz II), était elle-même une excellente jument de dressage, nommée d’après la chanteuse Chaka Khan.
L’anecdote sur son nom de baptême fait toujours sourire dans les écuries Moody : après la naissance de ce poulain par “Chaka”, et dans l’euphorie d’une soirée un peu arrosée, le nom de “Jagerbomb” est apparu comme une évidence. Personne ne se doutait alors que ce nom serait bientôt scandé par les speakers des plus grands terrains de concours du monde.
La rencontre : De l’ombre à la lumière
Becky Moody raconte souvent que Jagerbomb n’a pas toujours été le “choisi”. À trois ans, il était destiné à la vente. “C’était un cheval sympa, mais il n’avait pas l’air d’une superstar mondiale à l’époque”, confie-t-elle souvent. Heureusement pour le dressage britannique, le cheval n’a pas trouvé preneur immédiatement.
Au fil du travail, Becky a découvert une qualité rare : un mental d’acier et une envie de faire plaisir hors du commun. “Il est le cheval le plus facile et le plus gentil que j’aie jamais eu. Il apprend tout en une séance”. De cheval “à vendre”, Jagerbomb est devenu le projet d’une vie. La complicité entre les deux est fusionnelle : Becky connaît chaque battement de cœur de son alezan, et lui semble lire dans les pensées de sa créatrice.
Qui est Becky Moody ? Une cavalière de conviction
À 44 ans, Becky Moody incarne une équitation de feeling et de rigueur. Basée à Gunthwaite Dressage dans le nord de l’Angleterre, elle s’est construit une réputation solide en produisant ses propres chevaux de A à Z. Membre régulière des équipes britanniques, elle a longtemps été l’”outsider” de luxe derrière les géantes comme Charlotte Dujardin ou Charlotte Fry.
À Fontainebleau, Becky a montré qu’elle n’était plus dans l’ombre de personne. Sa monte est caractérisée par une discrétion absolue des aides. Dans la Kür de dimanche, Jagerbomb semblait danser seul, sa cavalière n’étant là que pour suggérer le mouvement. C’est cette harmonie, pilier fondamental du dressage, qui lui a permis de décrocher ces notes techniques et artistiques si élevées.
Une Kür technique et puissante
Sur le plan technique, la reprise de dimanche a été un modèle du genre. Les passages et les piaffers, points forts du cheval, ont été notés avec de nombreux 9. La puissance du galop, combinée à des changements de pied au temps rectilignes et amples, a montré toute la force de l’entraînement “à la Moody”. Mais c’est surtout la fluidité artistique, la capacité du cheval à rester dans un cadre stable tout en dégageant une énergie phénoménale, qui a marqué les esprits.

L’avenir : Cap sur Aix-la-Chapelle et au-delà
Ce triomphe total à Fontainebleau change la donne pour la saison 2026. Jagerbomb n’est plus seulement un espoir, c’est un leader. Le staff fédéral britannique, présent en force au Grand Parquet, ne s’y est pas trompé. Avec un tel réservoir de points, le couple devient un pilier pour l’équipe de Grande-Bretagne en vue des championnats à venir.
Pour vous lecteurs de chevaladdict.fr, Jagerbomb est la preuve vivante qu’avec un bon pedigree, beaucoup d’amour et une formation respectueuse du rythme de l’animal, on peut atteindre les 84 % au niveau mondial. Becky Moody et son “Bomber” n’ont pas fini de faire exploser les compteurs.